mardi 5 août 2008

Reprises.

* "Naïveté et symbolisme pompeux?" il demande, Thierry Méranger dans les Cahiers, et le bougre il confirme, il dit oui, oui, c'est pompeux, "indubitablement", mais on va pas blâmer le film pour si peu, non? Il faut pourtant être déjà bien généreux pour considérer qu'on est seulement dans la naïveté et le pompeux. On n'est pas loin du sol, en fait, dans The Savage Eye de Ben Maddow, Sidney Meyers et Joseph Strick, on est même souvent ras du caniveau si vous voulez mon avis. Le film fait bon ton ces temps-ci, où l'on redécouvre, eurêka l'eau tiède (again), les possibilités de l'hybridation fiction/documentaire. Cette audace mise à part, le film est peut-être des plus détestables croisés récemment en salle, nous sommes en plein dans ce que CdZ me semble-t-il dit récemment qu'il déteste en photo, "cette idée de la performance" comme il dit (et Kaherk ajoutait hier, "de l'exhaustivité", oui le film avait aussi cette prétention immature à l'exhaustivité), bon ce n'est pas ici dans la nudité que le film donne, un peu dans le trash quand même (obscénité profonde de la monstration voyeuriste de la misère et des accidents, caniveau vous disais-je, bizarrement Maddow, Meyers et Strick filment mille fois mieux les machines ou les mannequins en plastique que les hommes de chair et d'os, film monstrueusement puritain, sous son ironie soi-disant contestataire... et pour contester quoi? que le monde est monde? que l'homme est homme? que l'animal est animal? troublante séquence au cimetière d'animaux, quelques beaux plans, mais quel discours puant! quelle absence complète d'empathie, quelle absence complète d'humanité! gratuité, mépris, photos de mode me disais-je en sortant, et Kaherk semblait penser pareil, y ajoutant la musique lourde, lourde, comme mille chars d'assauts, pour enfoncer le clou), mais s'ils ne sont pas nus, leurs corps se doivent d'être suggestifs quand même, suggestifs malgré eux, objets de moqueries, remise en cause des virilités (la virilité en péril comme pire des monstruosités) dis donc lui il a la tête dans le cul de l'autre non? (comme dans cette séquence pathétique de Hancock, oui), et évidemment on n'est bel et bien jamais du côté de ceux qui sont filmés.

* Je parle photo parce qu'on y est finalement, ce n'est pas parce que les plans sont animés qu'on est vraiment au cinéma, d'ailleurs il n'y a rien de cinégénique, le son est coupé faute de sens, le sens est plaqué à même les images, c'est du roman-photo quelque part, hormis peut-être la séquence à l'église, impressionnante disons, qui déclenche le rire, mais a posteriori le rire mauvais, si j'ose dire, un rire de moquerie simple, un rire qui s'auto-rassure, qui dit "moi au moins je ne suis pas ainsi", un rire de protection, ironique, cynique, tant il est ici chic d'être misanthrope, et que donc je te feuillette mon album de photos glacées si fort signifiantes, noir et blanc contrasté, élégant, et que le monde est un enfer, et que Dieu, le jour où il a conçu l'homme, il a fait là sa plus grosse erreur (sic, c'est dans le film, textuellement, je vous assure)...

* Plus le film vieillit dans ma tête, plus il me dégoûte, plus j'ai honte d'avoir ri à certains moments.

* Je me disais aussi, ce qui est remarquable, c'est qu'on tient peut-être là l'antithèse parfaite du Nous d'Artavazd Pelechian, où à l'humanisme immense, élégiaque, et à la pulsation graphique proche de la transe (vous vous souvenez le flot d'hommes, comme une vague puissante et unie, défilant dans les rues, en déchirante procession d'hommage au mort?) répond une froideur hautaine et antipathique, et une sorte de propreté voyeuse, cet immonde paradoxe de magazine.

* Un texte inédit de Badiou, extrait du dernier numéro du Sarkophage (journal que je découvre et qui, après un rapide feuilletage et la lecture de deux trois articles, me paraît fort recommandable) :

3 commentaires:

Kaherk a dit…

PAs lu l'article, c'était écrit trop petit. Mais assez d'accord avec toi sur la photo, tu t'en doutes.

En fait, les seuls beaux moments du film étaient ceux où il s'éloignait de la photo, où le mouvement avait un intérêt : la scène dans l'église, les machines étranges pour faire maigrir. Le reste n'était que de la jolie photo, tout le temps, avec de la musique à fond derrière pour réintroduire du mouvement, faire croire qu'on était encore dans le cinétique, dans le cinéma.

Le problème c'est que je reproche ça à beaucoup d'autres cinéastes où c'est moins flagrant
(et que j'adore Kitano où là c'est le fondement même de la mise en scène, la photo... peut-être parce que justement il y réfléchit, il en fait sa base)

GM a dit…

heu, quel article est trop petit?

GM a dit…

si c'est du texte de badiou dont tu parles, suffit de cliquer dessus pour l'avoir en pdf