mercredi 4 juin 2008

Impatience et bravoure forcée.

* N'ayant, avec T., pas eu la patience de rester, tant c'était consternant, je me permets de supposer que Multa Paucis (qui tant que j'y pense parlait récemment d'or au sujet de The Mist), du peu que j'en ai vu, a raison sur toute la ligne au sujet de Indy 4.

* Bon Greg, tu m'excuseras, mais je pense que je vais en rester là de The Wire. Ce n'est pas que ce soit fondamentalement mauvais, c'est simplement que je m'ennuie devant, tout simplement, je n'arrive pas bien à comprendre ce qui est censé tant passionner dans cette série. Disons que je comprends qu'elle puisse faire son petit effet, mais je ne peux pas m'empêcher de sentir le petit malin tapi au coin des scénarii, de sentir la jubilation d'ado enfin adulte à avoir l'audaaaace de balancer du "fuck" régulièrement sans avoir à biper, de montrer des nichons sans avoir à planquer les tétons, d'oser des gangsters gays, des fliquettes lesbiennes, d'oser une séquence gratuite desdites lesbiennes se caressant les seins (well, d'abord on devine les tétons pointus sous le t-shirt, comme pour nous dire aussi bien "vous aimeriez qu'elle l'enlève, hein, vieux cochons?" que "patientez, ça va bien finir par arriver") pour conclure un épisode, et cette manière de soigner des dialogues "morceaux de bravoure" s'espérant tarantiniens, etc, etc.

* Je ne dis pas que la mise en scène n'est pas propre, chiadée (disons que la grammaire est là, mais très scolaire justement), que les acteurs sonnent faux (ils en font beaucoup, mais ça passe), ou quoi que ce soit de réellement infamant, non je dis que la manière dont la série bombe le torse prétentieusement, fait sa fière d'avoir osé ci ou ça, m'exaspère un peu. Je ne sais pas si tu te souviens par exemple, dans un des premiers épisodes de la saison 1, toute cette tirade sur le jeu d'échecs...



...c'est du scénario, seulement du scénario, rien que du scénario, on varie les échelles de plan pour reposer l'œil, on enrobe de travellings circulaires pour dynamiser un peu, résultat on est comme au salon de l'auto, avec la scène tournante ; et tout ce qui compte donc c'est ce dialogue surécrit, ce dialogue stabyloté tant et si bien d'ailleurs qu'on en vient à se demander comment le fou a pu être oublié dans la tirade, il n'y avait pas de métaphore disponible?

* Ou encore la "scène tout en fuck" comme on dit sur Youtube (je n'ai pas eu besoin d'extraire l'une ou l'autre de leurs épisodes, j'étais certain de les trouver déjà isolée en streaming, j'étais certain qu'elles étaient "cultes", le scénariste aussi en était certain à l'écriture, je pourrais le parier), je sens la jubilation du scénariste, mais la mienne est totalement absente, j'assiste au tour de force, bien, à la démonstration, bien, on attend de moi, spectateur, que je sois comme le vieux logeur, curieux sourire en coin, mais je m'en fous, ça devait être marrant sur le papier mais je m'en contrefous...




* Ouarf, Burdeau, dans son illisible journal de Cannes, écrivait d'ailleurs ceci : "Repasser par l’hôtel, souffler un peu, allumé la télé qu’à Paris on n’a pas - The Wire, c’est en DVD qu’on le regarde, comme tant d’autres grandes choses que Cannes ne montre pas, pas encore - le festival qui programmera le chef d’œuvre de David Simon aura la palme, soyez en sûrs." Z'étaient arrosées, les fêtes, sur la Croisette, hein?

9 commentaires:

'33 a dit…

putain, c'est vrai que c'est nul cette scène en fuck

'33 a dit…

"N'ayant, avec T., pas eu la patience de rester"

ah tiens. moi c'est le (enfin les) billet de MP que je n'ai pas eu la patience de terminer.

GM a dit…

p-ê parce qu'à une heure du matin, lire multa paucis...


oui, elle est nulle, qu'est-ce qui plait tant dans The Wire?

Julien a dit…

C'est peut être une rencontre ratée pour The Wire, ça arrive, on te dis machin est un type formidable et puis tu le rencontres et tu penses, quoi c'est tout ? Pas grave mais j'ai envie de nuancer des choses.
La scènes des fucks par exemple, c'est pas du tout de la bravade, parce qu'au moment où est fait cet épisode ça fait belle lurette que les fucks sont permis chez HBO (Sopranos et compagnie) au point où c'est devenu leur marque de fabrique, où Larry David dans Curb se dit qu'il devrait intégrer la chaîne pour lâcher lui aussi quelques fucks. Cette signature de HBO, The Wire s'en amuse, dans cette scène c'est plutôt de l'auto-parodie, une boursouflure pour sourire du grotesque de cette transgression qui n'en est plus une.
Et la scène des échecs, c'est du scénario c'est sûr, mais c'est plus à rapprocher d'un chœur grec, des personnages retirés de la scène, sur leur canapé, à regarder le petit manège des personnages et à le commenter. C'est d'autant plus visible que leur discours est étrangement décalé dans leur bouche, à ce moment là ça ne colle pas avec leurs personnages de petits dealers analphabets. Et surtout c'est un dispositif particulier dans cette série qui ne se permet ça qu'à quelques moments de la saison 1.

The Wire est une série qui fonctionne comme une tâche d'huile, qui prend ses dimensions lentement (la saison 1 n'entre pleinement dans son sujet qu'au 7eme épisode). Si elle se démarque des autres séries, c'est moins dans ses petites audaces sexuelles ou langagière, dans ses détails, que dans son ensemble, dans son ambition à aborder la difficulté d'être dans le monde moderne, les illusions du réformisme, la fin du travail (des thème clairement affichés par les différentes saisons) et dans sa capacité à créer de la Tragédie là où on ne verrait au départ qu'un polar bien documenté.
La première qualité requise pour apprécier cette série, c'est savoir prendre son temps.

Cela dit, te force pas non plus. Mais il y a des choses que tu pourrais apprécier (des personnages en rupture de ton, qui semblent ne pas faire partie de la même série, des épisodes où il ne se passe vraiment rien, sur l'errance, d'autres qui n'ont pas peurs du tout de travailler sur l'émotion (mais un truc cosmique hein, pas la petite émotion du cœur brisé, le vrai tragique)).

Donc te force pas, mais si un peu quand même.

GM a dit…

beau message, j'espère que greg le lira, ça calmera ses ardeurs ;)

Merci juju.

Bertrand a dit…

De quoi à 1h du matin me lire.... ??
Sinon je suis ravi de ne pas plaire à certains.

GM a dit…

c'est dur non, un blog ciné à 1h du mat'? enfin, ça dépend, comme on veut.

heureusement qu'on plaît pas à tout le monde, c'est clair...

Bertrand a dit…

Au fait, cher Guillaume, on peut enfin se tutoyer ? Tu dois être mon aîné de peu (j'en ai 23), ne soyons donc pas si cul-serré. Juste pour dire que j'ai moi aussi expérimenté une série chaudement recommandée par un pote, en l'occurence DAMAGES, mais c'était vraiment pas ça non plus. Bon il y a en star Glenn Close et la brunette super mimie du beau Sunshine, Rose Byrne, mais en fait à part être mimie elle vaut pas non plus grand chose. Série d'avocats avec déjà du gros twist dans le pilote, très pénible et empesé... ça ne vaut pas la très sympathique Boston Justice (que je te recommande donc, la première saison tout du moins, enfin je serais curieux d'avoir ton avis).
C'est drôle je me sens toujours un peu mal à l'aise quand je teste une série pour la quitter si ça sent pas bon, sentiment du coup de travail bâclé (de ma part), mais bref, on va pas se forcer non plus.

GM a dit…

Oui, j'aime assez Boston Justice, du moins ce que j'en ai vu, peut-être pas assez pour avoir envie de tout voir, mais assez pour être accroché si je tombe dessus par hasard.

Il y a cette série, The Shield, que je devrais ne pas aimer, enfin en tout cas si on me la racontait, si on m'expliquait comment elle fonctionne, narrativement et formellement, moi la caméra à l'épaule qui s'agite et qui recadre, normalement ça m'inquiète, et pourtant je crois que c'est sans doute la seule oeuvre du genre qui me fascine, il y a beaucoup d'épisodes qui justifient complètement cette mise en scène, qui en font un moteur incroyable, je suppose que Devo tomberait sur le cul devant ces décadrages millimétrés, ces surcadrages improbables, etc, etc. Vous en pensez quoi, vous?

Je suis censé vous envoyer un mail un de ces quatre, ça fait deux fois que j'y songe, je vous y tutoierai alors...