lundi 17 mars 2008

Bêtes et fleurs.

* C'était assez déplaisant, assez sinistre, samedi après-midi, la première du Genou d'Artémide - je parle ici "logistique", je précise. Straub en clown malgré lui face au raout incestueux, tout le monde connaît tout le monde, s'interpelle par son prénom, tant pis si tu ne connais pas untel ou untel, eux se connaissent c'est l'essentiel. Toubiana se fout ouvertement de la gueule de Straub, essaie de faire croire que la "tradition" est respectée, prend à la farce la remarque de Straub rappelant qu'autrefois, c'était le soir qu'on montrait son nouveau film, pas en milieu d'après-midi comme pour s'en débarrasser... Et c'était vraiment l'impression que ça donnait : il fallait bien le faire pour la forme, pour croire encore un peu en l'institution Cinémathèque ; mais on le faisait aussi par obligation, voilà, ça c'était fait, bon débarras. J'écris d'ailleurs "première" et pas "avant-première", parce que j'ai l'impression que ça a de grandes chances d'être une "unique", surtout en salles (on peut facilement envisager qu'il sera ajouté au dernier volume de l'intégrale DVD). (Et je n'évoque même pas le triste foutoir d'après-séance, la bizarre confrontation Straub/Moullet, etc.)

* Parlons plutôt du film, qui est très beau, qui en tout cas m'a personnellement plus "pris" que Ces rencontres avec eux, à qui il fait écho (sans doute parce que la démarche de le passer deux fois, une en VO, l'autre en VOST, était la bonne pour s'y plonger vraiment, les sous-titres m'ayant en effet parfois un peu "pollué" Quei loro incontri). Difficile, malgré ce qui se dit sur Kuhe, de ne pas le voir, au moins un temps, au moins contextuellement (ce qui est à la fois extérieur et intérieur au film) (ce que je veux dire par là, c'est que JMS sait qu'on y pensera, bien obligé, et plus encore dans ce cadre disons ritualisé de l'avant-première institutionnelle, où il est bon d'être vu aux côtés du défilé de Bergala, Frodon, etc.), comme un film en deuil : le générique nécessairement "amputé", le très long noir du début, la nature en pano hésitant menacée jusque dans sa bande-son (les moteurs dans le lointain), le fondu au noir naturel et inachevé du soleil caché par les nuages, la stèle finale (où est-ce, d'ailleurs? qu'est-ce que cette stèle? une tombe?), cette Artémide intouchable, évoquée sans jamais paraître... C'est "la femme" (dixit JMS) manquante, la concrète absente, qui en quelque sorte ne relève qu'en dernier lieu de la mythologie (JMS prétend n'y rien entendre en la matière, plus précisément n'en avoir simplement rien à faire, que c'est justement DH qui y entendait quelque chose) (d'ailleurs vous avez remarqué?, ce n'est plus une conversation hommes-Dieux, mais homme-homme parlant comme un Dieu... deux hommes parlant des femmes, le plus commun des échanges, en somme, sublimé le temps d'une "promenade", comme y invitait JMS à la fin du film). Bon, évidemment, me faites pas dire n'importe quoi : ne pas psychologiser plus que de raison un film (enfin, deux films, un bleu et un rouge, un de 26 et un de 27 minutes) qui existe(nt) bien entendu indépendamment du deuil, ne pas faire le Séguret, ne surtout pas écrire une connerie du genre "film-testament" (ce qui serait injurieux d'abord et ensuite, je crois, complètement faux - à ma connaissance un autre film est déjà avancé, non?).

* Comme je ne l'avais jamais vu et que je m'interrogeais (oh, rapidement) sur la question étrange de son remake américain plan par plan, j'ai vu Funny Games, l'original. Erreur fatale, soirée gâchée : Haneke, c'est James Wan qui aurait eu son bac philo.

* À l'heure où j'antidate le post du jour (en vérité, on n'est pas encore lundi, mais dimanche 22h55), Rue89 laisse comprendre que Dassault a réussi malgré tout à se maintenir. J'espère sincèrement qu'ils parlent trop vite. [edit : ils parlaient à la bonne vitesse, hélas]

3 commentaires:

skip mccoy a dit…

ouah, une confrontation Straub/Moullet !
raconte stp.

GM a dit…

Un autre t'a devancé sur cette question et je lui ai répondu par mail.

David a dit…

Pour voir le débat filmé.
http://ouvrir.le.cinema.free.fr/pages/instant.html