vendredi 7 mars 2008

De l'importance des vers de terre.


* Strictement rien à voir, le dernier Gondry est atroce. Eternal Sunshine n'était pas trop mal, dans mes souvenirs, en revanche La Science des rêves faisait déjà moins illusion... Mais avec Be Kind Rewind, on tombe tout au fond d'un gouffre assez vertigineux. 1h30 à peiner à faire avancer un scénario poussif et plein de trous, un scénario bâclé, il faut le dire, un scénario torché, presque insultant. Ni fait ni à faire. Comment est-ce possible qu'il n'arrive même pas à asseoir son argument de départ, comment est-ce possible d'écrire quelque chose d'aussi lointain de toute rigueur narrative? Rarement vu un boulot de scénario aussi je-m'en-foutiste, aussi incapable de donner ne serait-ce qu'un peu d'épaisseur à ses personnages (qui ne sont rien du tout ici, des jouets, du coup les acteurs s'agitent faute de mieux, l'hystérie comme pis-aller, cet exploit de rendre Jack Black à ce point insupportable et jamais drôle) ou de gérer sa temporalité... Sans vouloir entrer trop loin dans les détails (ça n'en vaut pas la peine), comment avaler l'événement déclencheur, comme on dit dans les écoles de scénario? Comment croire que quand le personnage a accès à une caméra et à une copie DVD du film qu'il doit livrer d'ici 2h30, il préfère décider de le refaire avec les moyens du bord?
C'est simple, il suffit de mépriser ce personnage. De mépriser tous les personnages, sous l'argument crasseux du doux-amer ; ils sont benêts, ils sont vilains, mais qu'est-ce qu'ils sont drôles... Ils n'ont rien dans le crâne, ils sont bourrés de préjugés ethniques et sociaux, mais ils sont gentils et tendres... Ils sont menacés par le capitalisme, mais comme ils sont habiles en affaires, ils vont le combattre...
Be kind/Soyez sympa, le titre ne ment pas, il suffit d'être poli, d'être gentil, d'être sympa, de respecter les règles et les anciens, d'être un bon garçon. Et à quatre heures, on aura notre goûter. On lutte jusqu'à quatre heures, c'est bien d'accord? Il faut bien que jeunesse se passe, voyez Glover à la fin, l'oeil malicieux du vieux con qui a tout plein de magie en-dedans de lui comme dans une pub pour une convention obsèques, son personnage ne dit pas autre chose, j'ai laissé les jeunes couillons s'amuser, jouer à la lutte, mais c'était sympa, c'était perdu d'avance et c'est bien normal, d'ailleurs l'utopie n'est qu'un mensonge, d'ailleurs il faut moderniser, n'est-ce pas, mo-der-ni-ser, prendre exemple sur la marche du monde, qui a ses raisons, ses très bonnes raisons (rarement vu un film refuser à ce point l'antagonisme, d'ailleurs, non mais vous avez vu la séquence du bulldozer, "évidemment c'est nous les méchants", ou ce plan final écœurant de reddition?), mais soyons sérieux, soyons réalistes comme dirait Georges Bernanos...
Sur la mise en scène rien à dire, il n'y en a pour ainsi dire pas, il y a des idées de bricolage qui sont avant tout des idées de scénario, des concepts comme on dit en télévision, comme on dit en publicité, et rien n'est fait de ces idées, de ces concepts, ils sont empilés comme possible dans le cadre, ils semblent ne pas rentrer dans l'espace filmique, n'avoir rien à y faire, Gondry semble embarrassé de ce (petit) paquet d'idées qu'il ne sait pas où mettre (d'ailleurs, c'est ajouté au chausse-pied dans le générique, il finit bel et bien par les déposer sur internet, cet espace dont l'existence est nié par le film, de bout en bout... Gondry est-il déjà un vieux con?), et de fait le montage est pure atrocité, déjà bien pénalisé par cette écriture en-dessous de tout.

3 commentaires:

Kaherk a dit…

Marrant, ça, parce que je me disais aussi en voyant La Science des rêves (pas en core vu Be Kind) : "la grosse erreur de Gondry c'est de croire, à la française, qu'il peut écrire ses scénarios tout seul, alors que visiblement il n'est pas scénariste, il est metteur en scène. Sans Kaufman, Gondry n'est rien qu'un clippeur".

Ce que tu dis sur Be Kind me fait du coup très peur.

Karloff a dit…

Et la poésie bordel ? Celle qui fait croire à l'impossible ? à des personnages improbables ? Et Tati ? Et Méliès ! Mépris, mépris, mépris...

sinon sympa le blog.

GM a dit…

Merci pour le blog.